Dossier Quantified self : un phénomène d'avenir

Publié par Pierre Dubarry, le

Introduction au Quantified Self

Si nous n'en sommes encore qu'aux premiers balbutiements, le marché des est en plein essor, à l'heure où les smartphones, tablettes et autres font désormais partie intégrante de notre quotidien. Si l'on peut assister aujourd'hui à la naissance de dispositifs divers et variés, le sujet le plus récurrent est en rapport avec l'une des principales préoccupations de tout à chacun : la santé.


Start-up et industriels ont parfaitement pris conscience de cette donnée, si bien que l'on assiste aujourd'hui à l'essor de nouveaux types d'objets. Cela va du capteur d'activité présenté sous la forme d'un bracelet, au tensiomètre et oxymètre de pouls, en passant par les balances. Si le nombre et le type d'objets, liés à la santé et au bien-être, devraient rapidement progresser dans les mois et années à venir, avec l'apparition de nouveaux types d'usages à la clé, nous assistons à l'essor de ce que nous appelons aujourd'hui le Quantifield Self. C'est aujourd'hui l'objet de cet article.

Qu'est-ce que le Quantified Self ?

Derrière cet anglicisme de la mesure de soi, l'intérêt est de proposer à l'utilisateur divers appareils afin de mesurer le nombre de pas réalisés dans une journée, le nombre de calories brûlées, la tension et le poul, ou encore la qualité de son sommeil. Afin d'obtenir les données récoltées à l'aide d'un bracelet ou d'un capteur placé dans sa poche, les concepteurs proposent en complément des applications.

Celles-ci permettent de consulter les données immédiates, comme le nombre de pas effectués d'un point A à un point B, mais également de proposer des graphiques permettant de jeter un coup d'oeil sur ses performances d'une période à une autre, afin de jauger sa progression (ou le contraire), la même chose étant applicable pour d'autres mesures liées à la tension, au rythme cardiaque et au poids.

Ces applications sont consultables depuis un smartphone ou une tablette, puisque ces nouveaux objets transmettent les données en Bluetooth voire dans certains cas en WiFi comme c'est le cas du protocole ANT+, qui est utilisé par certains équipementiers sportifs, mais elles peuvent également être consultées depuis une interface web, et même partagées sur les sociaux ou par email.

Bracelets, capteurs et autres dispositifs

Le créneau du Quantified Self est sûrement celui qui attire le plus, et ce, aussi bien les industriels que les jeunes start-ups qui ont à nouveau le champ libre pour innover.


Les capteurs d'activités et le médical

Toutefois, et comme nous le disions en introduction, l'essentiel des objets connectés liés à la santé demeure encore restreint. Pour le moment, ce sont les capteurs et bracelets d'activité qui ont le vent en poupe. Facile à porter, autour de son poignet ou dans une poche, ce type d'objet se focalise sur 3 types de mesures :
  • Le nombre de pas
  • Le nombre de calories brûlées
  • La qualité du sommeil
Le marché est aujourd'hui essentiellement occupé par une poignée de constructeurs tels que le français Withings, iHealth, Jawbone, Nike , VitaDock ou encore Fitbit.

Même si ce n'est pas encore le cas, il y a également fort à parier que les smartwatches viennent emboîter le pas aux capteurs d'activité, en proposant d'un côté les fonctions traditionnelles qu'attendent les utilisateurs dans ce type de dispositif, comme l'accès à ses messages et aux notifications, tout en mesurant dans un même temps son activité physique au cours de la journée.

De l'autre côté, nous retrouvons d'autres objets plus familiers comme le tensiomètre et l'oxymètre de poul, des dispositifs existants déjà depuis de nombreuses années, mais auxquels on vient rajouté un module pour envoyer les données son smartphone et sa tablette. Même chose pour les balances connectées, qui indiquent des informations auxquelles nous avions déjà accès sur les modèles non connectés. Quid de l'intérêt ? Nous y reviendrons plus tard.

Et l'innovation dans tout ça ?

Derrière cette façade, certains cherchent à innover en se plaçant sur des créneaux encore non explorés. C'est notamment le cas du capteur PIP par exemple, qui est en mesure d'indiquer le niveau de stress de l'utilisateur, et tente d'y remédier en adoptant une technique pour le moins étonnante : le jeu. Concrètement, l'objectif est de permettre à terme, de trouver la méthode qui permette de mieux gérer son stress face à certaines situations.


Le tracker W/Me est issu de la même souche, sauf qu'il propose lui de mesurer le système nerveux en fonction de facteurs physiques. Il se charge ensuite d'analyser selon l'âge ANS (l'âge du système nerveux en fonction de la respiration, stress, etc.), son agilité au cours de journée, et donc l'état d'esprit dans lequel la personne se trouve. Le mental est une voie d'exploration du Quantifield Self pour innover.

On pourra également citer le cas des Sensoria Fitness, qui reprend en quelque sorte le concept des capteurs d'activités...mais sur des chaussettes. On obtient ainsi toujours le nombre de pas effectués, le nombre de calories, mais également le niveau de pression exercée sur le pied, afin d'adapter au mieux sa façon de courir ou marcher, et éviter ainsi la blessure.

Même Adidas s'y est mis, tout d'abord avec la paire de crampons Nitrocharge, qui intègre un tracker afin de suivre l'activité d'un joueur sur le terrain, et même un ballon connecté baptisé Smart Ball, qui devrait voir le jour dès l'an prochain, et depuis lequel il sera possible de mesurer diverses données comme le nombre et les emplacements d'impacts sur le ballon, ou sa trajectoire.


D'autres axent d'ailleurs leur recherche sur les vêtements intelligents, une équipe de designer a ainsi mis au point un système qui mesure le volume de respiration d'une personne, en disposant plusieurs capteurs sur une ceinture à fixer autour de la poitrine. Les données de respiration sont ensuite envoyées sur une application pour être stockées dans le nuage.

Sur la question de l', on pourra enfin citer la HAPIfork présentée au CES 2013, une fourchette connecté conçue par une équipe française, afin d'apprendre à manger au bon rythme, à l'heure ou l'on est de plus en plus habitué à manger sur le pouce en quelques minutes seulement. Et nous n'en sommes qu'aux tout débuts...

Quel est l'intérêt ?

La définition même du Quantifief Self, est d'apprendre à mieux connaître son corps, en effectuant un contrôle de certaines données médicales, ou d'autres liées à son activité physique quotidienne.

Consulter sa tension, la fréquence cardiaque et le poul en sont des exemples typiques. Dans ce cas, on peut d'ailleurs très bien imaginer d'ici quelques années, pouvoir transmettre ces données à son médecin. Il reste toutefois un dispositif avant tout lié au bien-être, on peut ainsi voir de façon directe le nombre de pas et la distance parcourue, les calories brûlées et la vitesse de course, en ayant accès à un ensemble d'informations qui permettent d'évaluer de façon plus complète ses performances dans le temps.


Il est également possible de mesurer la qualité de sommeil, ce qui reste un concept assez nouveau. Dans ce cas, le capteur se charge d'analyser les cycles de sommeil de l'utilisateur par le biais d'un accéléromètre, puis, dans certains cas, peut émettre une légère vibration pour déclencher le réveil lorsque les données indiquent que le temps de sommeil est optimal. Qu'on se rassure, il reste tout de même possible d'indiquer plus simplement l'heure de son choix pour conserver les grasses matinées.

Qaund au fait se retrouver face au problème d'un phénomène d'obsession de la quantification, c'est un tout autre sujet, qui ne dépendra de tout à chacun, que l'on soit hypocondriaque ou absolument pas. Qu'on se le dise, il y aura aussi une part d'objets totalement inutiles, et pas forcément indispensables contrairement à l'adage. À quand les colliers connectés pour nos animaux ? Ah, mais en fait ça existe déjà...si, si !

Dangers et dérives

Une très grosse ombre au tableau : les données

Tout aussi intéressants que soient les objets connectés en rapport avec la santé et le bien-être, le problème principal réside dans les données. En effet, lorsqu'une application ou une interface web proposent de consulter ses données sous forme de chiffres et autres graphiques, ces données transitent puis sont automatiquement enregistrées sur des serveurs.


Aucune société n'étant infaillible, de la jeune start-up aux poids lourds de l'industrie, comme le montre de façon récurrente l'actualité, les données de chaque utilisateur peuvent se retrouver tôt ou tard dans la nature et accessible par tous. Bon, un risque mesuré puisqu'au final les informations recueillies sont uniquement liées à la santé...excepté si les mêmes sociétés ne proposent en parallèle du coaching sportif, ce qui est clairement l'objectif à terme pour certaines d'entre elles, Terraillon sera d'ailleurs le premier à se lancer dans cette aventure dès la rentrée prochaine, avec la balance connectée Web Coach POP 2.0.

Mais plus que le piratage, le principal problème aujourd'hui reste que nous n'avons aucun gage de sécurité que les données liées à la santé des utilisateurs restent strictement confidentielles, si bien que tôt ou tard, il se pourrait très bien que ces informations ne soient revendues à des sociétés tierces, comme c'est déjà le cas de nos adresses email et numéro de téléphone dont les listes peuvent parfois être revendues d'une société à une autre.



On pourra se dire qu'à terme, il reste toujours la possibilité de supprimer son compte et récupérer ses données, mais quelle preuve pouvons-nous avoir du fait qu'une copie ne soit toujours stockée sur les serveurs ? D'autant plus à l'heure ou la paranoïa est de mise avec la récente affaire PRISM. Seule solution, comme semble déjà l'envisager déjà certains organismes comme la CNIL, mettre en place un système de régulation afin de veiller à ce ces données personnelles restent strictement confidentielles.

Le risque des dérives

D'autant plus que le phénomène du Quantified self, qui a déjà ses adeptes, peut à terme représenter un danger un brin plus inquiétant, comme en atteste le fait que certaines compagnies d'assurances américaines voient d'ailleurs déjà le Quantified self comme un outil d'utilité publique afin de garder un oeil sur la santé de leurs assurés, sur un principe assez similaire au Pay-as-you-drive, qui transmet les données de conduite (vitesse, freinage, consommation, etc.) via un petit boîtier fixé sur le véhicule. Les bons conducteurs sont récompensés, les autres sont pénalisés.


Dans le domaine de la santé, cela est déjà d'ailleurs appliqué en Afrique du Sud par la société d'assurance Discovery. En portant un capteur d'activité, l''assuré profite d'avantages commerciaux s'il maintient de bonnes règles d'hygiène de vie. Certains voient dans ce genre de pratique un avenir prometteur et radieux, toutefois, ne pourrait-on pas se poser quelques questions sur les libertés fondamentales de chacun ? En faisant l'hypothèse de la mise en place de tels systèmes d'assurance, à deux vitesses, ne laisserait-on pas la porte ouverte à d'autres dérives ?

Peut-on vraiment appliquer de tels mécanismes aux données liées à la santé et au bien-être, au risque de devenir un jour objet de suspicion si l'on ne décide pas de s'auto-mesurer ? La limite entre ce qui est acceptable de ce qui ne l'est pas est résolument très fine... Les dispositifs de Quantified self ne doivent jamais s'inscrire dans le cadre de contraintes imposées, comme le cas de notre exemple sur les réductions d'assurance santé, mais comme un outil ayant surtout vocation à assister l'utilisateur dans un parcours qu'il aura lui-même décidé.

Seule certitude, les données recueillies peuvent être un outil formidable pour améliorer certains points de notre quotidien, c'est indéniable, mais elle peut aussi être une arme très puissante entre de mauvaise mains, d'où l'urgence de mettre rapidement en place un cadre strict avant l'explosion du marché des objets connectés d'ici quelques années.
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